Logo Lépi'Net

Les lépidoptères
dans les Pyrénées-Atlantiques

Noctuidae Noctuinae

Hadena compta D. & S.

La Noctuelle de l'Oeillet

Nourriture de la chenille : Surtout Oeillets cultivés


Références : Liste Leraut 1997 : n°4825 / Guide Robineau (2007) : n°1403

Hadena compta D. & S. adulte - ©Philippe Mothiron
Butinant sur Oeillets au crépuscule, Verneuil-sur-Seine (Yvelines), 12 juin 2006. Photo Philippe Mothiron

Etat carte : à actualiser

Voir texte ci-dessous

A propos des cartes


Répartition française : Probablement toute la France.

Pour en savoir plus...

Comment la reconnaître ?

La Noctuelle de l’Œillet (Hadena compta) est un papillon nocturne de taille assez modeste (envergure 2 à 3 cm ). Mais encore une fois, comme disent nos amis anglais, « Small is beautiful ». Par le contraste de ses ailes gris sombre entrecoupées de plages blanches, elle compte sans doute parmi nos Lépidoptères les plus élégants.

Attention toutefois, une confusion est possible avec une de ses proches parentes, la Noctuelle saupoudrée (Hadena confusa , la bien nommée). La principale différence réside dans le positionnement des plages blanches sur les ailes antérieures.

Le critère le plus constant pour différencier les deux espèces réside dans la présence, chez Hadena confusa, de deux taches blanchâtres à l’apex et au tornus des ailes antérieures (voir traits rouges). Par ailleurs, Hadena confusa est généralement plus grande (envergure 27-35 mm contre 21-29 mm pour Hadena compta). Un autre critère est souvent cité, s’appuyant sur la zone blanche de l’aire médiane : chez Hadena compta, elle atteint généralement le bord interne de l’aile, ce qui n’est jamais le cas chez Hadena confusa. Toutefois, on trouve parfois des exemplaires de Hadena compta où la zone médiane claire est réduite, voire presque absente (un exemple est illustré ci-dessus : femelle en bas à droite, provenant des Pyrénées-Orientales).

Il faut également citer, pour mémoire car elle est très rare dans notre pays, l’existence d’une troisième espèce très proche : Hadena adriana. Cette dernière est d’une taille similaire à Hadena compta et est assez constante dans son ornementation. L’aire médiane des antérieure forme une bande blanchâtre large, aux contours assez rectilignes. Le reste de l’aile est d’un gris plus pale et les dessins sont peu distincts. Hadena adriana a été citée autrefois du sud-est de la France (Alpes-Maritimes notamment) et nous n’en connaissons pas de mention récente.

De façon générale, parmi les trois espèces citées, c’est Hadena compta la plus répandue, et aussi la plus variable. Elle peut cohabiter avec Hadena confusa, encore que, du fait de ses plantes nourricières différentes, elle ne partage pas toujours les mêmes habitats (notamment dans la moitié nord du pays).

Les deux sexes se ressemblent beaucoup, la différence la plus notable résidant dans la forme de l’extrémité de l’abdomen. Chez la femelle, comme chez tous les représentants du genre Hadena , l’ovipositeur est assez saillant, ce qui fait que l’abdomen se termine en « aiguillon ». Par ailleurs les antennes du mâle présentent de courtes indentations qui les font apparaître plus épaisses que celles de la femelle.

Où, quand, comment la rencontrer ?

La Noctuelle de l’Œillet se rencontre dans toutes régions françaises, y compris en Corse . L’espèce est susceptible de s’observer pratiquement partout où poussent les Œillets, plantes nourricières des chenilles. Elle peuple aussi bien les zones méditerranéennes que les hautes altitudes des Alpes (jusqu’à près de 2000 mètres). Dans de nombreuses régions plus ou moins anthropisées, les Œillets sont peu fréquents à l’état sauvage, ce qui a poussé l’espèce à se localiser préférentiellement dans les milieux urbains , où elle vit aux dépends d’Œillets cultivés.

Prenons un exemple… Un petit jardin des Yvelines. Depuis treize ans, une lampe de 160 watts s’allume tous les soirs, attirant, à la longue, plus de 500 espèces différentes. Parmi celles-ci, pas la moindre Noctuelle de l’Œillet ! Pas plus d’ailleurs, sur la même période, que sur les draps blancs utilisés lors des attractions lumineuses en pleine nature dans les environs. Alors, rare, la Noctuelle de l’Œillet ? Ne nous fions pas aux apparences !

Changeons de méthode, et cherchons le papillon près de sa plante nourricière. Il y a justement là un parterre d’Œillets en fleurs, situé à peine à cinq mètres de notre lampe de 160 watts… Armons-nous d’une lampe de poche, au coucher du soleil, et attendons…Comme prévu, nos fleurs sont prises d’assaut par une foule bruissante d’Autographa gamma, le classique et infatigable butineur du soir. Jusque là, pas de surprise. Quelques minutes plus tard, voici que s’approche un visiteur plus petit, au vol moins vif. Comme l’envahissant Gamma, il butine d’une fleur à l’autre, mais il s’attarde davantage sur chaque fleur (ce dont le photographe ne se plaindra pas !). Eh oui, il s’agit bien de notre Hadena . De temps à autre, il s’agrippe aux pétales d’une fleur, incurve son abdomen en dessous de celle-ci… visiblement, c’est une femelle qui pond. Au cours d’une soirée de juin, période de floraison de la plante, on pourra ainsi observer ce manège presque quotidiennement.

Ces observations ne concernent d’ailleurs pas uniquement des femelles recherchant des supports de ponte. Au titre de simples butineurs, les mâles comme les femelles se rencontrent régulièrement sur les Œillets.

Ainsi, dans ses habitats urbains, la Noctuelle de l’Œillet, tout en étant répandue, peut rester d’une grande discrétion. Elle ne paraît pas attirée par les sources lumineuses, ses déplacements semblant davantage guidés par les odeurs que par la lumière.

Dans les régions méridionales ou montagneuses, où l’espèce semble moins localisée au voisinage de l’homme (moins synanthrope, autrement dit, si vous voulez épater votre voisinage avec des mots savants), il nous est arrivé assez fréquemment d’attirer des Hadena compta à la lumière (en Ardèche, dans les Pyrénées-Orientales, etc…). Cependant, nous avons remarqué que cette espèce se tenait fréquemment à une certaine distance des lampes.

Le papillon vole essentiellement en juin-juillet (ce qui correspond à la période de floraison des Œillets). Dans des conditions favorables (années chaudes, milieux xériques), on peut observer parfois des individus en août-septembre, issus d’une seconde génération sans doute très partielle. On peut d’ailleurs se demander comment se développeront les chenilles issues de ces imagos de fin d’été, car la plupart des capsules d’œillet sont desséchées à cette époque. Peut-être observe-t-on alors des adaptations à d’autres Caryophyllacées, par exemple des Silènes (plante-hôte signalée de temps à autre dans la littérature).

Premiers états

Le mieux est de retourner à notre massif d’Œillets, de suivre notre femelle, et de récupérer quelques fleurs sur lesquelles elle s’est attardée dans sa position caractéristique de ponte. Enfermons le tout dans une boîte… et laissons mijoter à température ambiante.

Trois semaines après, aucune trace de vie dans notre boîte. Etrange ! Notre femelle n’aurait-elle effectué que des simulacres de pontes ? Cette hypothèse n’est pas à écarter… en effet, il est fréquent que les femelles essaient plusieurs supports de ponte avant de déposer leurs œufs. Mais une dissection des capsules florales desséchées va montrer que ce n’était pas le cas. Car en ouvrant une à une les quelques capsules, on finit par trouver, dans l’une d’elles, une chenille ocre de presque deux centimètres de long, complètement comprimée dans un logement qui paraît trop petit pour elle… Ce qui est étonnant, c’est qu’à l’extérieur aucun excrément ne trahissait sa présence !

La chenille ne peut rester indéfiniment dans cet état. Quelques jours plus tard, elle finit par sortir de sa capsule, désormais devenue trop exiguë. Dès lors, elle se tient à l’extérieur de celle-ci, et creuse un trou latéralement pour dévorer les graines contenues à l’intérieur. Car notre chenille se nourrit presque exclusivement de graines, négligeant généralement les feuilles et les pétales.

Dehors, dans le parterre d’Œillets, mêmes observations : aucun signe de vie, de jour comme de nuit, pendant presque un mois, puis pendant quelques jours les chenilles sortent de leurs capsules et peuvent être observées à l’air libre, après la tombée de la nuit. Ainsi fut-il possible de savoir que notre parterre d’un demi mètre-carré hébergeait dix chenilles. Puis, trois jours après, silence radio… les chenilles avaient déjà disparu pour se nymphoser.

La chenille apparaît donc, elle aussi, d’une discrétion exemplaire. Elle demeure cachée aussi longtemps qu’elle le peut (et d’autant plus que l’espèce hôte peut lui offrir des capsules volumineuses). Et lorsque ce n’est plus possible, elle ne se nourrit que la nuit.

Mais l’entomologiste averti pourra toujours déceler la trace de la présence des chenilles en recherchant les perforations circulaires dans les capsules. En récoltant quelques capsules, il est alors fréquent de rapporter des jeunes chenilles.

Est-elle menacée ?

Nous avons manifestement affaire à une espèce qui sait évoluer pour s’adapter à des milieux et à des conditions de vie assez différents. Elle ne semble donc pas réellement menacée.

Toutefois, dans les régions où elle semble encore peu implantée (par exemple, le Nord-Pas-de-Calais), des actions d'animation pourraient être menées auprès des jardiniers pour qu'ils plantent des Œillets, favorisant ainsi l'implantation durable du papillon. Ceci permettrait également de préciser la répartition de cette espèce dont les mentions actuelles ne semblent pas refléter la réelle fréquence.

Plaisir des yeux...